En RD-Congo, un gynécologue proche du docteur Mukwege assassiné
LA CROIX - Publié le: 20-04-2017 - Mise-à-jour le: 21-04-2017 - Auteur: Laurent Larcher
En RD-Congo, un gynécologue proche du docteur Mukwege assassiné
Plusieurs manifestations de­vaient se dérouler mercredi 19 avril 2017 à Bukavu (Sud-Kivu, dans l'est de la RD-Congo), en l'honneur du docteur Gildo Byamungu, un gynécologue obstétricien proche de Denis Mukwege, « l'homme qui répare les femmes »,assassiné vendredi à son domicile et enterré ce jeudi 20 avril à Kalehe.
Un appel à la grève avait aussi été lancé dans les hôpitaux, ainsi qu'une marche organisée par les médecins et personnels soignants de l'hôpital de Panzi - le centre médical fondé par le docteur Mukwege - afin que la lumière soit faite sur ce meurtre. Mais la police, craignant des débordements, l'a interdite. « Dans le contexte politique tourmenté de la RD-Congo, les manifestations de mécontentement sont craintes par les autorités », explique un habitant de Bukavu.

les hôpitaux, cible des groupes armés

Les manifestants voulaient aussi obtenir des garanties pour leur sécurité. « Dans la région, les hôpitaux et les centres de santé sont la cible des groupes armés, souligne le Père Bernard Ugeux, prêtre à Bukavu. Les assaillants volent tout ce qui peut se revendre comme les médicaments, le matériel de santé. »
À cela s'ajoutent les risques d'enlèvement qui pèsent sur les notables. Par leurs nombreuses patientes victimes d'agressions sexuelles, les obstétriciens peuvent enfin être informés des agissements d'un groupe armé, d'un responsable militaire ou politique : « Ils savent beaucoup de choses. Cela pousse certains,comme le docteur Mukwege, à dénoncer publiquement les manquements et responsabilités des autorités », analyse le Père Bernard Ugeux.
 
Six jours après l'attaque contre Gildo Byamungu, les circonstances de sa mort sont un peu connues. Dans la nuit de jeudi à vendredi, des inconnus se sont faufilés chez lui avant de lui tirer dessus, selon Radio Okapi, l'antenne des Nations unies en RD-Congo.
Ils se sont enfuis sans être inquiétés, emportant avec eux son ordinateur, son téléphone portable et des documents. Gravement blessé, le docteur Gildo Byamungu a d'abord été conduit à l'hôpital d'Uvira avant d'être évacué en direction de Bujumbura, au Burundi. Mais il n'a pas été autorisé à franchir la frontière et a finalement succombé à ses blessures.

le mobile de son agression reste flou

En 2012, le docteur Mukwege avait lui-même échappé à une tentative d'assassinat, l'obligeant à s'exiler en Belgique. À son retour en 2013, des casques bleus avaient été chargés de le protéger. « Aujourd'hui, il doit assurer sa sécurité avec ses propres moyens », confie le Père Ugeux.
Gildo Byamungu vivait aussi sous la protection d'une escorte : mais elle lui avait été supprimée avant l'agression. Crapuleux, politique ou par vengeance, le mobile de son agression reste flou. « Parmi les rumeurs - elles sont nombreuses -, on évoque un crime pour occuper sa place à l'hôpital », remarque le Père Ugeux.
La RD-Congo, elle, s'enfonce de jour en jour dans la crise. Dimanche, le cardinal Laurent Monsengwo, archevêque de Kinshasa, affirmait dans son homélie pascale lue dans toutes les paroisses de sa province épiscopale : « Peuple congolais, nous nous sentons comme si nous étions un grain jeté en terre ; nous sommes ignorés, bafoués, piétinés. Nous vivons dans le pays un temps de confusion, d'obscurité, de désespoir. »
 
Laurent Larcher