Rodin : la masturbation comme exercice spirituel
liberation - Publié le: 10-04-2017 - Mise-à-jour le: 10-04-2017 - Auteur: Liberation
Rodin : la masturbation comme exercice spirituel
Les 121 dessins cachés de Rodin : tout le monde en a entendu parler. Le «musée secret» du sculpteur est, pour la première fois, intégralement publié dans un ouvrage qui en dévoile la portée historique. Ces dessins relèvent d'une pratique nouvelle.
Pendant les dix dernières années de sa vie, Rodin (1840-1917) fait venir chaque jour chez lui des femmes qu'il saisit sur le vif, nues, et dont il dessine avec frénésie les postures animales. Parmi ces milliers de dessins, il en séquestre 121 dans ce qu'il nomme son «musée secret» et qu'il cache, trop inquiet du scandale que ces images pourraient causer : des gribouillis obscènes, au regard de l'époque. Aujourd'hui enfin révélés, ces croquis et ces aquarelles sont présentés -dans un ouvrage signé par Nadine Lehni (ex-conservateur du musée Rodin)- comme des oeuvres dont la liberté dessine «les fondements des modernismes du XXème siècle.» 
Quel intérêt présentent ces esquisses ?
Il faut les restituer dans le contexte pour en saisir l'importance, explique Nadine Lehni. Nous sommes à la fin des années 1890, «Auguste Rodin est un sculpteur reconnu dont la gloire dépasse largement les frontières de son pays.» C'est alors, à l'âge de près de soixante ans, qu'il convoque des modèles afin qu'elles se promènent nues devant lui. A cette époque, il est d'usage que les sujets soient placés sur une estrade, dans une position assise ou allongée promettant de rester immobile plusieurs heures de suite, afin que l'artiste puisse peaufiner tous les détails anatomiques. Rompant avec cette habitude, Rodin s'efforce d'attraper des «instantanés» et se lance, frénétiquement, dans la capture du mouvement comme dans un exercice d'ascèse : vite, vite, toujours plus vite, jusqu'à ne même plus regarder la feuille. Au début, ainsi qu'il l'avoue à demi-mots, Rodin demande aux femmes de simplement se mettre nues, lever les bras ou se pencher. Puis de bouger. Puis de se mettre à quatre pattes, d'écarter les jambes, de s'écarteler le corps. de se masturber. 
Ce que le mot «nature» signifie : le sexe nu
«Cela ne m'est pas venu tout d'un coup, reconnaît l'artiste en 1902, j'ai osé tout doucement, j'avais peur ; et puis, peu à peu, devant la nature, à mesure que je comprenais mieux et rejetais plus franchement les préjugés pour l'aimer, je me suis décidé, j'ai essayé». La «nature», c'est le nu, explique Nadine Lehni. La nature c'est-à-dire «la proximité troublante des modèles, devant lesquels "il se plaît à s'isoler", s'impose à Rodin à la façon d'une exigence absolue.» Essayant de fixer un geste dont la «justesse» le frappe, il se concentre sur la vie même, saisie à son degré d'intensité le plus haut. Parmi les 121 dessins, beaucoup montrent une femme dont la main bouge entre les cuisses. De façon très révélatrice, une vingtaine de ces croquis portent le titre : «Avant la création» ou «La création». «L'un d'eux est si proche de L'Origine du monde de Courbet [.] qu'il est tentant de penser que Rodin en eut une description précise. Peut-être son initiateur fut-il son ami Edmond de Goncourt (1) qui fut l'un des rares à voir ce tableau, le 29 juin 1889 ?»
Les proches de Rodin sont-ils au courant ? 
La nouveauté du procédé n'est pas sans provoquer des remous. Le 20 février 1898, le journaliste Maurice Guillemot écrit dans la revue Gil Blas (2): «Il demande à ses modèles une espèce de présence animale et de paradis en mouvement sans la contrainte de la pose.» Le propos est allusif. De façon très révélatrice, à quelques 1235 kilomètres de là, dans la ville de Vienne, un autre grand peintre va bientôt demander à des modèles qu'elles viennent s'installer chez lui, qu'elles évoluent nues dans son atelier, qu'elles se caressent, qu'elles se fassent jouir, constamment disponibles pour le «maître». Le critique d'art Franz Servaes en est le témoin : Klimt «était entouré de créatures féminines dénudées et mystérieuses. Pendant qu'il se tenait silencieux devant son chevalet, elles flânaient, toujours prêtes à obéir aux ordres du Maître et à se tenir dans la pose ou le mouvement qu'il avait aperçu et qui avait touché son sens de la beauté. Il capturait ensuite par un dessin rapide la grâce de ce mouvement.» Klimt, comme Rodin, accorde une attention extrême aux gestes du plaisir. 
Rodin : c'est Bergson version image
Dans son «laboratoire de consommation sur le vif» (4), Rodin transforme ses modèles en spécimen étranges. Il n'y a pas d'histoire dans ses dessins, ni même de personnage. Créature purement sexuelle, réduite bien souvent à sa paire de cuisses béantes, la femme sans tête qu'il croque en quelques traits n'est plus qu'un principe de vie, un instinct libéré. Ce que Rodin préfigure en image, c'est la notion même de «pulsion», un mot dont Freud s'empare vers 1900, juste après que Rodin expose à Vienne 120 dessins, dont Kokoschka s'inspire par la suite pour faire ses aquarelles de nu. Ce que Rodin illustre, c'est aussi une nouvelle conception du réel, ramené à une succession d'instants perçus dans leur fulgurance. Lorsqu'il inaugure cette pratique inédite qu'on pourrait appeler le «dessin de nu-flash», Rodin «semble faire écho à la pensée d'Henri Bergson qui vient de jeter les bases d'une philosophie originale et novatrice dans Les Données immédiates de la conscience publiées en 1889 : le philosophe y affirme l'immédiateté de l'intuition contre le primat des opérations de l'intelligence.» Dans l'atelier de Rodin, on ne pense plus. On prend la vie en plein dans les yeux.
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NOTES
(1) Edmond de Goncourt affirme avoir vu ce tableau chez un marchand parisien d'art d'Extrême-Orient, Antoine de La Narde. Ce tableau fut dérobé au regard public jusqu'à son entrée au musée d'Orsay en 1995.
(2) Dans un article intitulé «A travers la vie».
(3) «À l'hôtel de Biron, écrit l'un de ses proches en 1911, Rodin passe presque tout son temps à dessiner. Dans cette retraite monastique, il se plaît à s'isoler devant la nudité de belles jeunes femmes et à consigner en d'innombrables esquisses au crayon les souples attitudes qu'elles prennent devant lui.» (Source : Auguste Rodin, L'Art. Entretiens réunis par Paul Gsell, Paris, Bernard Grasset, 1911, p. 146).
(4) Citation de Philippe Sollers : «Écrire la sculpture», in Rodin et la sculpture contemporaine, compte rendu du colloque organisé par le musée Rodin du 11 au 15 octobre 1982, éditions du musée Rodin, 1983, p. 216.
 
Rédigé par: Fleur Adirée   le: Mercredi 12 Avril 2017
Le christianisme tient la nudité pour hautement suspecte. «Dans la Bible, le nu se retrouve associé au péché originel. Lorsqu'Adam et Eve mangent le fruit défendu, ils ont honte de leurs parties intimes. La nudité représente l'innocence perdue, et l'expulsion du paradis qui s'ensuit.» Les rares représentations de figures nues au Moyen-Age prennent un rôle symbolique. L'innocence et l'abandon, pour la passion du Christ ou les saints martyrisés. La vérité, pour les âmes soumises au jugement dernier. Ou la pauvreté, dans le cas de Job qui perd tous ses biens. Les artistes veillent alors à dissimuler les sexes, histoire de ne pas choquer. Par la position des corps, ou avec une branche d'arbre, une feuille de vigne, un morceau d'étoffe. En 1863, Manet créé un scandale avec son Déjeuner sur l'herbe. L'artiste n'y utilise plus aucun prétexte pour peindre des femmes nues entourées d'hommes habillés. Au contraire, cette scène de pique-nique est résolument contemporaine. Au XXe siècle, le corps se déconstruit. Picasso initie le cubisme en 1907 avec Les Demoiselles d'Avignon. Duchamp rompt également avec les codes classiques à travers son Nu descendant un escalier en 1912. Le développement de l'art abstrait, entre les années 40 et 60, donne le coup de grâce à la représentation du nu. A de notables exceptions près, tel Matisse et ses Nus bleus. Et avec l'art contemporain, c'est finalement le corps des artistes lui-même qui se transforme en oeuvre.
Rédigé par: Odile Sylla   le: Mercredi 12 Avril 2017
C'est quoi cette morale "d'Ayatollah" qui veut restreindre la liberté d'expression artistique et interdire le nu dans l'art ? Quand deux corps dénudés se font face, ils paraissent dialoguer. La démarche artistique saute aux yeux: ce n'est ni porno ni même sexuel. La nudité artistique ne me derange pas ? De quoi parle-t-on lorsqu'on parle d'un nu en peinture ou en sculpture? Pas si simple de se mettre d'accord sur une définition, dans la mesure où la figure peut être partiellement drapée. «Plutôt que la proportion de peau découverte, ce qui compte avant tout, c'est la manière dont le corps est perçu. Les sculptures grecques ont ainsi acquis avec le temps une dimension érotique qu'elles n'avaient pas à l'origine. Et un corps habillé d'un drapé moulant peut être plus érotique qu'un corps entièrement dénudé. Tout dépend du contexte, autant du destinataire de l'ouvre que de l'endroit où elle est présentée. Les nus de Michel-Ange constituent un exemple fort parlant. Tant qu'ils sont exposés dans un cadre privé, cela ne pose pas de problème. Mais pour les fresques de la chapelle Sixtine au Vatican, lieu où on élit les papes, c'est autre chose. Ces figures ont été jugées inconvenantes. En particulier celles du jugement dernier, qui se situe derrière l'autel: il s'agit d'un espace particulièrement sacré. Le peintre Daniele da Volterra a donc été chargé de couvrir leurs parties intimes d'un voile. Le surnom d'Il Braghettone, «le culottier», lui est resté pour la postérité.
Rédigé par: Effarouchée par la nudité   le: Mercredi 12 Avril 2017
Questions polémiques: Est-ce que le nu est vraiment de l'art ou tout simplement de l'exhibitionisme ? Est-ce vraiment de l'art que de peindre des femmes nues ou de dessiner les contours de leurs "cons" ouverts avec ou sans poils ? Dans mon village, un père ou une mère ne doit pas se dénuder n'importe comment devant ses enfants et certainement pas en public. le nu (dans le dessin et la peinture) va à contre-courant des bases élémentaires du savoir-vivre et je détourne mon regard lorsque je vois en dessin ou en peinture des sexes de femmes exhibés ou dilatés devant moi. Je ne poserai pas nue les jambes écartées pour offrir la nudité de mon sexe épilée à la vue du grand public au travers d'une peinture, d'un dessin ou maintenant au travers d'une photo facebook, instagram ou sur l'internet...
Rédigé par: Lago Tape   le: Mardi 11 Avril 2017
Les dessins de sexe feminin de Rodin sont avant-gardistes pour son époque. Au temps de Rodin, le sexe de la femme est couramment désignée comme une «chose honteuse» qui devait être cachée, ainsi le sexe féminin n'était pas représenté par les peintres et les sculpteurs même lorsqu'ils donnaient corps à des femmes nues dans leurs oeuvres. La région pubienne était souvent recouverte d'un morceau de tissu ou d'une feuille de vigne. Ou alors les poils n'étaient pas représentés du tout. De nos jours encore, certains artistes japonais représentent des personnages féminins sans sexe pour se conformer à la censure en vigueur en Asie. La Maja nue (1800) du peintre Francisco Goya est la première oeuvre d'art connue dans laquelle apparaît en peinture le duvet d'un pubis féminin, accentuant ainsi la dimension érotique de la toile. Gustave Courbet avec son Origine du monde (1866) représentant le sexe et le ventre d'une femme allongée nue sur un lit, les cuisses écartées, signe les prémices d'une révolution picturale dans la représentation du nu. Dans les sociétés européennes, on éprouvait de la gêne, voire de la répulsion, si les petites lèvres (ou « nymphes ») étaient trop grandes, dépassaient trop. On a même cru que leur allongement était le signe d'une masturbation honteuse. Certains médecins (en France) ont donc proposé de les tailler pour les raccourcir. Au contraire, les femmes rwandaises et ougandaises entre autres profitent de l'élasticité des nymphes pour les étirer jusqu'à plus de 10 cm et en faire un «tablier» érotique.Quant aux poils, de tout temps, certains ont voulu les raser (Grecs de l'Antiquité, Musulmans.) pour faire disparaître ce signe d'« animalité », pour rendre plus « propre » le sexe féminin ou donner au pubis un air d'avant la puberté. D'autres préfèrent les toisons longues et généreuses. Actuellement, certaines femmes aux Etats-Unis (surtout) colorent leur toison en blond, jaune, bleu, vert, rose ou violet...Cette mode risque de se répandre ...
Rédigé par: Habbiba Sangaret   le: Lundi 10 Avril 2017
Rodin à travers ses dessins révèle le travail intime et fervent autour du sexe de la femme, auquel il s'est principalement livré au cours des deux dernières décennies de sa vie. Instaurant une connivence, voire une véritable complicité, avec ses modèles (femmes), Rodin (comme un voyeur) les amenait à prendre des attitudes inédites, sensuelles, extravagantes, à se caresser le sexe ou les seins, à se doigter les unes et les autres, à sucer et à baiser devant lui, à dévoiler les parties les plus secrètes de leurs corps, à s'ouvrir, toujours plus largement et de façon parfois acrobatique, pour montrer sans ambiguïté et sans fausse pudeur, leur sexe, leur plaisir, leur attente. Le (con) de la femme, ce siège des forces et des énergies vitales, presque toujours exposé, est situé au premier plan de la feuille. Pour Rodin, dessiner le (con) d'une femme, c'est dessiner ce qu'il y a de plus vrai. Dans ses dessins, d'une audace et d'une liberté extraordinaire, Rodin ne cesse de cerner, au plus près, la vérité des corps.
Rédigé par: Aya de Yopougon   le: Lundi 10 Avril 2017
Rodin voue un culte au nu féminin, et particulièrement au corps sexué de la femme. Si l'on sait que le nu est, pour le sculpteur, la place que le nu occupe dans des milliers de dessins et aquarelles de Rodin demeure largement méconnue. Explorer la question de l'érotisme dans la sculpture de Rodin et de tracer l'évolution des dessins érotiques de l'artiste, depuis les premiers dessins gouachés des années 1890 jusqu'aux grandes feuilles estompées au crayon des années 1910, est riche d'enseignement. Cela invite à toute une réflexion sur les passages ténus du nu à l'érotisme, de la sensualité à l'obscène, de la transgression à la profanation. Parallèlement à son oeuvre sculpté, Rodin a dessiné, tout au long de sa vie, et nous a laissé à peu près 10'000 ouvres sur papier, parmi lesquelles environ 7'000 sont conservées au musée Rodin de Paris. Si les oeuvres sur papier ne peuvent être montrées que très ponctuellement, elles ne constituent pas pour autant une part mineure de l'art de Rodin, qui affirme à la fin de sa vie : « C'est bien simple, mes dessins sont la clef de mon ouvre » (René Benjamin, « les dessins d'Auguste Rodin », Gil Blas, 17 octobre-8 novembre 1910 ). Depuis la fin des années 1880, Rodin réalise de manière quasi obsessionnelle et jubilatoire des dessins qui sont autant de variations sur un même thème, celui du corps nu de la femme.Parmi les dessins de Rodin, près d'un millier sont communément considérés comme des des-sins érotiques, dessins que l'artiste n'enfermait pas dans un cabinet privé, mais qu'il cherchait à montrer en regard de ses sculptures, confirmant leur statut de grande oeuvre.
Rédigé par: Akissi Delta   le: Lundi 10 Avril 2017
« La beauté, c'est le caractère et l'expression. Or, il n'y a rien dans la nature qui ait plus de caractère que le corps humain. Il évoque par sa force ou par sa grâce les images les plus variées. Par moments, il ressemble à une fleur : la flexion du torse imite la tige, le sourire des seins, de la tête et l'éclat de la chevelure répondent à l'épanouissement de la corolle. Par moments, il rappelle une souple liane, un arbuste à la cambrure fine et hardie [.] D'autres fois, le corps humain courbé en arrière est comme un ressort, comme un bel arc sur lequel Eros ajuste ses flèches invisibles. D'autres fois encore, c'est une urne. Le corps humain, c'est surtout le miroir de l'âme et de là, vient sa plus grande beauté ». (Auguste Rodin, L'Art. Entretiens réunis par Paul Gsell, Paris, Grasset, 1911).
Rédigé par: Akissi Delta   le: Lundi 10 Avril 2017
« La beauté, c'est le caractère et l'expression. Or, il n'y a rien dans la nature qui ait plus de caractère que le corps humain. Il évoque par sa force ou par sa grâce les images les plus variées. Par moments, il ressemble à une fleur : la flexion du torse imite la tige, le sourire des seins, de la tête et l'éclat de la chevelure répondent à l'épanouissement de la corolle. Par moments, il rappelle une souple liane, un arbuste à la cambrure fine et hardie [.] D'autres fois, le corps humain courbé en arrière est comme un ressort, comme un bel arc sur lequel Eros ajuste ses flèches invisibles. D'autres fois encore, c'est une urne. Le corps humain, c'est surtout le miroir de l'âme et de là, vient sa plus grande beauté ». (Auguste Rodin, L'Art. Entretiens réunis par Paul Gsell, Paris, Grasset, 1911).
Rédigé par: Lago Tape   le: Lundi 10 Avril 2017
Ce qui étonne, avant tout, c'est la vie qui émane des créations au crayon de Rodin. Normal, Rodin, riche et célèbre (il est fait chevalier de la Légion d'honneur en 1887), peut se payer les services de modèles vivantes. Ses concurrents veulent des poses très figées qui imitent celles des statues antiques ? Lui exige de ses modèles qu'elles restent naturelles. "Soyez en colère, rêvez, priez, pleurez, dansez", ordonne l'artiste. En fait, Rodin souhaite que ses modèles ne posent pas. Au lieu des postures conventionnelles de Vénus, les dessins montrent des moments très intimes de la vie quotidienne : ses jeunes femmes bâillent, se coiffent...font le grand écart, des contorsions : certaines postures semblent carrément acrobatiques. Mais on y retrouve pourtant le même abandon que dans les plus grandes sculptures du maître, comme "Le Baiser". Femmes faisant l'amour, scène de fellation, masturbation : Rodin ira plus loin dans ses représentations érotiques. Il cachera les oeuvres les plus licencieuses à la vue du public, dans des boîtes étiquetées "Musée secret" ou "collection privée". Ce qu'il veut montrer, ce n'est plus l'extérieur, l'enveloppe, mais l'intérieur des êtres, la jouissance. D'où l'exhibition des modèles. Dans ses sculptures aussi, tout l'art de Rodin est de rendre la complexité des émotions intérieures par la tension des nerfs et des muscles. Pensez aux orteils crispés et aux narines dilatées du "Penseur". Ou la nervosité qui se ressent jusque dans les plis tourmentés du vêtement de saint Antoine face à la tentation. A la fin de sa vie, le maître aborde une technique nouvelle : armé de ciseaux, il s'attaque à certains dessins et découpe des silhouettes qu'il repositionne, par la suite, sur d'autres croquis. Peut-être une manière de sculpter le dessin ? Comme si les deux disciplines, pour lui, étaient devenues indissociables.