Le cacao broie du noir
Le monde.fr - Publié le: 19-03-2017 - Mise-à-jour le: 19-03-2017 - Auteur: Laurence Girard
Le cacao broie du noir
Entre primevères et crocus, oufs, poules, lapins s'apprêtent à pousser dans les jardins. Les industriels de la confiserie espèrent que la collecte printanière sera plantureuse. Pour eux, Pâques sonne les cloches de la première récolte annuelle, avant d'engranger celle de Noël, plus attendue encore.
Le moral des Français s'est-il amélioré ? En tout cas, ils ont moins consommé de chocolat en 2016. Selon les chiffres publiés mardi 14 mars par le Syndicat du chocolat, ils en ont grignoté 381 900 tonnes, un volume en fonte légère de 0,9 %. Le chiffre d'affaires des industriels a, lui, grossi de 2,1 % à 3,2 milliards d'euros. Une progression due à une hausse des prix qui a peut-être poussé les Français à limiter leur gourmandise.
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« Le développement de produits à valeur ajoutée, le dynamisme des industriels qui multiplient les innovations expliquent la progression du marché en valeur », assure Florence Pradier, secrétaire général du Syndicat du chocolat.
La perte d'un tiers de sa valeur
Pour cette nouvelle saison pascale, Lindt a sorti de son chapeau une boîte de chocolats en forme de carotte, prête à accompagner son fameux lapin doré.
L'italien Ferrero, qui a avalé jeudi l'américain Fannie May, a décidé d'entrer dans cette bataille du bestiaire en dégainant un écureuil. Au même moment, son concurrent français, Cémoi, croquait les friandises made in USA de Chris Candies.
La hausse des prix s'explique aussi par la poussée de fièvre qu'a connue le cacao en 2015. La perspective d'un manque de cabosses avait enflammé la spéculation. Brutal retour sur terre pour la poudre brune depuis juillet 2016. Au gré des bulletins météo favorables aux plantations, le cours du cacao s'est cabossé. Il a perdu près d'un tiers de sa valeur en 2016 et affiche encore un recul de plus de 10 % depuis janvier. Vendredi 17 mars, il se négociait à 2 054 dollars la tonne à New York.
Un brutal retournement de tendance
L'Organisation internationale du cacao (ICCO) estime que la saison 2016-2017 devrait se traduire par un surplus mondial de fèves de 264 000 tonnes, le plus important depuis six ans.
La pression est forte sur la Côte d'Ivoire, qui représente près de 40 % de la récolte mondiale devant le Ghana. Sous la présidence d'Alassane Ouattara, les producteurs ont vu leur rémunération multipliée par près de quatre pour atteindre 1 100 francs CFA le kilo (1,67 euro). Mais beaucoup d'exportateurs n'avaient pas prévu le retournement de tendance.
La grogne monte, alors que les sacs de fèves s'entassent dans les ports et les hangars pour cause de mévente. Un fonds public de soutien et de stabilisation tente de combler les trous. Pour l'heure, le consommateur ne voit pas la conséquence de cette chute des cours dans le prix de ses péchés mignons. Mais si les tarifs fondent, les gourmands redoubleront peut-être d'appétit. De quoi redonner un coup de chaud au cacao.

 
Rédigé par: Lago Tape   le: Dimanche 19 Mars 2017
En définitive, la nouvelle libéralisation doit aboutir à la mise en place d'une structure interprofessionnelle décentralisée contrôlée effectivement par les acteurs de la filière. Cette entité sera chargée de la structuration du marché et de la commercialisation dont la gestion obéira aux critères d'efficacité et de performance. Quant à l'État, il doit être confiné dans son rôle de régulation, de surveillance et d´arbitrage en vue d´assurer le bon déroulement des opérations de commercialisation du cacao et du café. Toutes les actions de l'État doivent contribuer à la levée des barrières à l'entrée dans ce secteur et garantir une saine concurrence. Néanmoins, pour traiter la racine du mal, à savoir les fluctuations des cours à l'international, il faudrait aussi envisager une solution-marché consistant par exemple à ce que les exportateurs adhèrent à des assurances privées, à un prix raisonnable, pour les couvrir contre les aléas du marché, de manière à ne pas toucher au prix pour ne pas pervertir les incitations des producteurs. Il faudra aussi transformer plus de cacao sur place qu'exporter (principalement)des fèves brutes de cacao...
Rédigé par: Aya de Yopougon   le: Dimanche 19 Mars 2017
Enfin, La fixation du prix par l'État n'obéit pas toujours à la logique économique. Contre toute attente, le gouvernement ivoirien a fixé le prix de la campagne 2016/2017 à 1100 FCFA qui est supérieur au prix de la campagne précédente. La fixation de ce prix par le gouvernement obéit à une logique politicienne contraire à la rationalité économique, surtout quand il y a des échéances électorales importantes telles que les élections législatives et le référendum pour la modification de la constitution, programmées durant le dernier trimestre de l'année 2016. Face aux carences du système actuel, il est plus que nécessaire de libéraliser la commercialisation du café et du cacao. Il s'agit ici de permettre aux acteurs des filières café et cacao d'opérer sur un marché libre où les exportateurs, directement ou par le biais d'agents, achètent le café et le cacao aux producteurs aux prix quotidiens du marché mondial. Mais cette libéralisation doit se faire avec certains préalables pour éviter les échecs de la précédente libéralisation. En effet, la libéralisation entamée en 2001 a été un échec à cause de l'ambiguïté née de la multiplicité des structures, tant au niveau des statuts qu'au niveau des interventions. Par exemple, il y avait quatre organes de régulation (ARCC, BCC, FRC, FDPCC) sans coordination. Le manque de transparence dans la gestion des flux financiers par ces structures a occasionné (par le passé) des détournements massifs de fonds.
Rédigé par: Akissi Delta   le: Dimanche 19 Mars 2017
De même, quant à la garantie d'un prix minimum avancée, il faudrait savoir que les producteurs de pays à marché libre obtiennent entre 80 % et 85 % du prix FOB pour leur cacao, alors que ceux qui travaillent dans le cadre d'une caisse ou d'un office de stabilisation, comme en Côte d'Ivoire, reçoivent habituellement moins de 50 % du prix international. En plus du non respect de la promesse de l'État, ce système de contrôle des prix génère d'autres effets pervers. D'abord, la fixation des prix par l'État pourrait influencer la qualité et la quantité des produits. En ce qui concerne la qualité, la fixation des prix par l'État n'est pas de nature à encourager les producteurs à produire des produits de qualité étant donné qu'ils ont un prix déjà garanti. Quant aux effets de cette politique sur la quantité, il faut dire que l'existence de prix garantis incite les producteurs à produire davantage sans tenir compte de l'état du marché. Cela entraîne donc une surproduction entraînant la baisse des prix. Ensuite, tout système de fixation centralisée du prix conduit à un prix qui n'équilibre pas l'offre et la demande. Les difficultés actuelles étaient prévisibles à cause de l'impossibilité de connaître et de prévoir l'évolution des conditions du marché. Comme le dirait l'économiste Hayek (1937), aucune entité, aussi puissante qu'elle soit, ne peut maîtriser toutes les informations du marché qui sont dispersées et changeantes. Donc, le décalage entre le prix du gouvernement et celui du marché international sera toujours inévitable.
Rédigé par: Lago Tape   le: Dimanche 19 Mars 2017
Depuis la première quinzaine de novembre 2016, la filière cacao rencontre des difficultés perceptibles avec le blocage de l'exportation du cacao au port d'Abidjan. Une situation qui résulte du refus de l'État de compenser les exportateurs pour le gap de 470 FCFA entre le prix du cacao à la Bourse de Londres qui est de 1.380 FCFA, et le prix de vente à l'exportation imposé par le Conseil café-cacao qui régule la filière, qui est de 1.850 FCFA. Étant la première richesse du pays, et face au risque de dégradation du cacao en attente d'exportation, l'inquiétude est palpable. Comment sortir de cette impasse ? Une réponse s'impose : en rompant avec ce système étatique d'achat basé sur le contrôle des prix. Mais, pour les défenseurs du contrôle de la commercialisation des produits de rentes par l'État, cette politique permet de garantir de meilleurs prix aux producteurs face aux aléas du marché. Conformément à l'article 9 de l'ordonnance n°2011-481 du 28 décembre 2011, lorsque le prix à l'exportation fixé par l'État est supérieur au prix du kg de cacao à la bourse de Londres, le Conseil Café-Cacao devrait rembourser le gap à l'exportateur. Un fonds de réserve logé à la BCEAO a été créé à cet effet pour couvrir les risques liés à la commercialisation du café et du cacao. Il s'agit d'un fonds alimenté par le surplus lorsque le prix international est supérieur au prix à l'exportation fixé par l'État ivoirien. Ainsi, un fonds de réserves de 40 milliards a été mis en place dès la première campagne pour soutenir la stabilisation et à terme il devrait atteindre 120 milliards de francs CFA. Toutefois, les partisans de ce système oublient que ce fonds n'a jamais fonctionné, et la situation actuelle indique que l'État ne respecte pas (encore) sa promesse de compenser les exportateurs en cas de chute de prix. L'avenir nous renseignera et nous verrons bien...