50 ans de l'institut français à Ouagadougou : « la jeunesse désormais au premier plan » selon Marine Leloup
lebanco.net - Publié le: 10-09-2014 - Mise-à-jour le: 10-09-2014 - Auteur: Abel Azonhandé à Ouaga
50 ans de l'institut français à Ouagadougou : « la jeunesse désormais au premier plan » selon Marine Leloup
Ouvert en 1963, la première structure culturelle au Burkina Faso appelée Centre culturel Franco-voltaïque, est devenue Centre culturel Français en 1985. Établissement au service de la coopération franco-burkinabé, le CCF, devenu aujourd'hui Institut français, aura bientôt 50 ans. Dans le cadre de la célébration de ce cinquantenaire, Marine Leloup, directrice dudit institut depuis septembre 2013, fait le bilan des 50 ans de l'institution.
 
Le Banco.net : quel bilan faites-vous des 50 ans de votre institut au Burkina Faso ?
 
Marine Leloup : J'ai envie de vous dire sans glorification que c'est véritablement un bilan positif puisque grâce aux actions de coopération, il y a des structures qui ont vu le jour. Je vous donne l'exemple de l'un de mes prédécesseurs Guy Maurette, qui a accompagné les créateurs de Jazz à Ouaga qui se tient chaque année à l'institut. Je peux  dire que c'est vraiment un des festivals importants au niveau musical. Je pense qu'en termes de coopération, on est identifiés comme un support vraiment majeur puisqu'on a un équipement différent des autres représentations diplomatiques. Nous sommes unique à avoir une salle de cinéma, une grande scène, une salle de répétition, une médiathèque que le Goethe institut n'a pas. Il est vrai que les artistes nous sollicitent beaucoup et nous essayons autant que possible de les accompagner dans leurs souhaits de création mais le bilan pour ces 50 dernières années est absolument très positif. Et j'ai l'impression que ce sont des liens affectifs qui se sont crées et ça c'est très important. Les artistes viennent nous proposer des projets presqu'en premier et cela est vraiment agréable.
 
Certains burkinabé pensent que l'institut français c'est pour les bourgeois ?
 
Là-dessus c'est vrai que c'est un a priori qui date et j'en suis vraiment étonnée mais à la fois je le prends en considération et c'est pour cela que pour ces 50 ans, nous allons vraiment nous tourner vers les gens qui n'ont jamais osé franchir nos portes. Tout le monde appelle l'institut français le CCF et moi ça me touche beaucoup parce que ça veut dire qu'on a marqué les esprits. Aujourd'hui l'institut français est fréquenté à 80% par les burkinabè et nos actions vont visées principalement les jeunes, les étudiants car c'est vraiment vers eux que nous devons nous tourner. C'est vers eux que nous devons planter les grains de l'avenir.
 
Quelles sont les grandes articulations de la célébration de ces 50 ans,?
 
C'est une journée de fête avec justement des artistes burkinabé qui vont accompagnés et qui vont faire des visites guidées de l'institut. Ce sera absolument gratuit. Ceux qui n'ont jamais osé venir doivent venir parce que nous allons très bien nous occuper d'eux et le soir nous allons proposer deux concerts gratuits. Un de Adama Bilorou qui fait parti des artistes de la diaspora et des artistes burkinabé vivant en France et un de Abdoulaye Cissé, l'un des papes de la musique voltaïque avec qui on ne pouvait pas imaginer qu'il ne soit pas présent à cette célébration. Ensuite, nous allons lancer  une très grande opération  à destination des étudiants. Pour tous les étudiants qui n'ont pas encore de carte de l'institut, ils vont pouvoir en bénéficier pour une année gratuite. Ils pourront ainsi comprendre tous ce que cela peut leur apporter, notamment en termes de savoir, de plaisir et de convivialité. Je rappel que l'institut est un lieu ouvert à tous. La consultation des journaux, les expositions, les spectacles, sont gratuits. Les prix pour les abonnements à la médiathèque sont absolument restreints et vraiment étudiés. Pour les enfants, c'est 1500fCFA  pour l'année et ils peuvent emprunter des documents tous les 15 jours. Il y a également des DVD, des CD, des livres, actualisés et disponible à plein temps.
 
Quelles sont les faiblesses et les insuffisances de votre institut ?
 
Comme insuffisances, je dirai que compte tenu du contexte financier et surtout que c'est le ministère des affaires étrangères qui nous finance en grande partie, il est important et même une obligation d'être inventif, à trouver des partenaires. Nous sommes à la recherche d'autres partenaires burkinabè parce que c'est compliqué alors que la culture est fédératrice à long terme.
 
Quelle est la place qu'occupe la culture burkinabé dans le programme de l'institut français quant on sait que cet institut a pour mission première de faire la promotion de la culture française dans les pays où il se trouve ?
 
Si vous analysez les programmes de ces derniers mois, vous comprendrez que nous accompagnons les acteurs culturels burkinabé. Nous accompagnons le festival Jazz à Ouaga, le Fespaco, Ciné droit libre, etc. Ceci dit, nous ne pouvons pas exposer exclusivement que les artistes burkinabé. Il est important qu'il y ait des échanges entre professionnels d'ici et d'ailleurs.
 
Quel bilan faites-vous de votre présence à la tête de l'institut depuis votre arrivée ?
 
Nous allons continuer les partenariats. Continuer le dialogue avec les différents acteurs et surtout continuer de susciter les jeunes à venir à nos spectacles. L'une de nos missions étant de promouvoir la formation des jeunes burkinabé en France, nous allons renforcer cette dynamique là. J'invite tous les étudiants à venir à l'institut le samedi 13 septembre prochain parce qu'il y aura une formation à leur endroit.
 
Quelles sont les perspectives pour les 50 prochaines années ?
 
Nous seront toujours là dans un esprit de partage. Nous allons avec l'accompagnement des autorités burkinabé, accorder une grande place à la jeunesse. Avec l'avènement du numérique, de nouvelles formes d'ouvres artistiques vont sûrement apparaître.
 
Quel regard portez-vous sur la culture burkinabé ?
 
Moi je suis incroyablement respectueuse, étonnée et je salue l'esprit de créativité, l'envie de réussir des Burkinabé. Et c'est pour cela que nous accompagnons les artistes burkinabé à promouvoir leur image partout où l'institut français est présent.     
 
Entretien réalisé par Abel Azonhandé à Ouaga