Quand on a dix pas à faire, neuf font la moitié du chemin
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Democratie au Burkina
Le nécessaire changement des mentalités
Article publié le: 27 Décembre 2011 - Auteur: SIDZABDA - Source: Le Pays
L'année 2011 aura été celle des crises multiformes (sociale, militaire et politique) au Burkina. Toutes les couches de la société ont été touchées, des élèves et étudiants jusqu'aux cotonculteurs. C'est donc avec soulagement que les Burkinabè voudront la tourner rapidement. Réaction somme toute normale. Mais la question importante que tous devraient se poser, c'est de savoir si les uns et les autres ont vraiment tiré les leçons de cette crise systémique. Plus besoin de s'épandre sur les raisons profondes des manifestations violentes des élèves et des commerçants, des multiples mutineries des militaires et du mécontentement des autres catégories socioprofessionnelles. Les Burkinabè ont exprimé par des voies et moyens (contestables dans certains cas) leur ras-le-bol face à un système gangrené par la corruption et le déni de justice, conséquence d'un long règne. On en sait un peu aujourd'hui sur les mentalités des Burkinabè, qui ont « encaissé » pendant des années sans réagir. Maintenant, on sait que les Burkinabè vont demander de plus en plus des comptes aux gouvernants. Certains ont même pu conforter leur position selon laquelle ce pouvoir ne réagit que face à l'adversité. Il faut donc que les problèmes de fond soient traités avec sérieux après la baisse de la fièvre. Des solutions à la vie chère ont été mises en place par le gouvernement. Mais, on sait ce que sont devenues ces mesures, notamment la baisse des prix des produits de première nécessité. En termes clairs, l'Etat a encore beaucoup d'efforts à faire dans ce domaine. Dans les grandes démocraties, l'Etat s'est résolu à intervenir pour réguler les prix parce qu'il s'est rendu à l'évidence que laisser la direction au marché conduisait à des dérives graves. Le Burkina ne fera donc pas l'exception en appliquant des politiques strictes pour contenir les prix des produits de première nécessité. Certains thuriféraires du pouvoir ont déclaré que la crise n'était que sociale (ce qui est inexact évidemment). L'occasion est donc belle pour ceux qui nous gouvernent, de travailler à baisser durablement le coût de la vie et à réduire les injustices sociales. Sur le plan politique, tout le monde attend l'aboutissement des réformes politiques en cours. Au premier plan des préoccupations se trouve évidemment le désormais célèbre article 37. Et le pouvoir a intérêt à tenir compte des mises en garde des confessions religieuses, des organisations de la société civile et des partis politiques. Pour de nombreux Burkinabè, la marmite bout et la révision de l'article pourrait la faire exploser. Et il serait dangereux de penser que ce qui arrive chez le voisin ne peut pas arriver au Burkina. Ce serait une erreur. Au-delà de cet aspect, la crise donne l'occasion d'aller vers la transition et d'opérer de vraies réformes pour une démocratie véritable, gage d'un développement humain durable. A l'issue des travaux des assises nationales, quelles réformes seront appliquées et quelle sera leur portée ? Ceux qui les ont boycottées soutiennent que le dialogue n'a pas été véritablement inclusif et que les intentions inavouées étaient légion. Ils n'ont pas tort quand on analyse les points de vue tendant à approfondir les propositions non consensuelles. Ils n'ont pas tort non plus quand on analyse la pratique politique des dernières années. En effet, à l'aune des conséquences fâcheuses de cette crise, les hommes politiques doivent apprendre à tenir leurs promesses. Comment accepter que les promesses politiques n'engagent que ceux qui y croient dans un Burkina où la culture de l'imputabilité monte en grade ? Cependant, en faisant le bilan chiffré de cette crise, on se rend compte que le Burkina ne peut se payer le luxe de la voir resurgir. S'il est vrai que la colère se comprenait à bien des égards, les destructions de biens publics et privés ne sont pas acceptables. En conséquence, le budget 2012 ne pourra pas, selon toute vraisemblance, accorder beaucoup de crédits aux investissements parce qu'il faut réparer ce qui a été détruit. C'est dommage pour un pays si pauvre qui se cherche et qui a une crise alimentaire à gérer. Les citoyens dans leur ensemble doivent comprendre que la violence ne résout aucun problème. Ils sont donc appelés à cultiver le civisme et la citoyenneté parce que cela n'est pas contraire au combat pour l'élargissement des espaces de liberté et de justice sociale. Cela, c'est aussi un problème de fond auquel les Burkinabè doivent s'attaquer. Et que vive la paix au Faso !

SIDZABDA